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Forest

Pendant ces quelques jours de vacances de Noël, je suis retournée "aux ruisseaux". C'est ainsi que je nomme, depuis toute petite, une des parcelles de forêt appartenant à la famille de mon père. Juste parce que pile dans cette parcelle, il y a quatre ou cinq petits ruisseaux qui courent autour des sapins, rendant ces deux petits hectares bien plus jolis que les autres à côté. Ils se regroupent tous en une rivière, tout en bas du chemin, là où on gare les voitures ; de ce fait, je pouvais me balader seule dans la forêt, sans jamais me perdre. Si je n'étais plus à portée de voix, un des adultes me rejoignait vers les voitures où j'attendais, les pieds dans l'eau, à côté de la voiture de mes parents.

 

 

On accède "aux ruisseaux" par un tout petit chemin, en passant par deux parcelles. Il y a encore quelques années, on devait se baisser pour passer sous les branches des sapins, qui se rejoignaient et cachaient le chemin à la vue des promeneurs. Mais ce chemin est à présent à la vue de tous, depuis qu'un des propriétaires des premières parcelles ait décidé de tout couper... Si la tempête de 99 avait épargné ce coin, la lourde neige d'avril 2005, elle, ne l'avait pas raté... Mais le côté sentimental l'a remporté ; mon père et sa famille ont décidé de juste nettoyer, au lieu de tout couper. Deux années de labeur. Pour un très beau résultat.

 

La première parcelle, donc, n'est plus. On entre donc dans la forêt bien plus tardivement qu'auparavant. Je me souviens surtout de cette forêt l'hiver, sous la neige, lorsque nous allions chercher le sapin. Je m'amusais alors à suivre les traces des animaux, à deviner leur apparence. Une biche, un lièvre, un écureuil, un chien... Que je transformais aussitôt en loup... Parce que c'est vachement plus classe, un loup.

 

 

 

Au niveau de la deuxième parcelle, il y a une épave de voiture. Une très vieille, des années 65/70 m'a dit mon père. Il l'a toujours vue là... Elle semble veiller sur la forêt. Contraste surprenant entre la machine et la nature. Cette dernière a gagné la bataille d'ailleurs, au vu des fougères surgissant d'entre les sièges défoncés de la carcasse.

 

 

Puis un petit coulis se fait entendre. Un muret en pierre moussue à demi démoli à gauche... et nous voici chez nous. Dans mon « antre », mon terrain de jeux favori, mon royaume. Là, tout de suite à droite, la mare aux fées. Une espèce d'étendue d'eau vaseuse remplie de branches mortes et d'épines, de quelques mètres carrés. Au virage, la table en fer, servant à couper le bois, avec tous les troncs en attente derrière. A gauche, au fond, en sautant par dessus un des ruisseaux, on arrive devant l'arbre aux fées. Je sais pas pourquoi je l'ai appelé comme ça. La mare, c'est à cause d'une illustration dans un livre, où il était question d'une mare où les fées venaient se baigner. Mais l'arbre... Je sais pas, il me semblait que cela lui allait bien. Du tronc principal s'élancent pas moins de cinq autres troncs noueux. Un des rares feuillus de la forêt, en bordure du pré boueux. Il semble vibrer, cet arbre, on le voit vivre. Je ne sais même pas de quel type d'arbre il s'agit mais je m'en fous : c'est "mon" arbre, mon préféré, sans doute parce que différent de toutes les autres espèces aux alentours...

 

 

Si l'ont suit le sentier qui part en virage a droite, on monte jusqu'à la lisère. Ça grimpe, ça glisse, le sol est humide à cause du ruisseau juste à côté. C'est en général à celui-là que je dédiais en premier mon activité favorite lors de mes passages ici : le déblayage des ruisseaux. Avec une grosse branche, j'en enlevais d'autres mortes qui encombraient le passage de l'eau et le bouchait, ainsi que les épines. J'aimais enlever ce gros tas boueux et entendre le chant triomphal de l'eau qui s'écoulait à nouveau par torrent. C'était ma petite victoire, et en même temps ma contribution au bien être de « ma » forêt.

 

Quand mon père et ses frères venaient l'été couper les arbres malades ou à demi tombés, je les accompagnais l'après midi. Je tirais de mes petits bras des troncs qui me semblaient énormes, et les emmenaient en contre-bas, là où ils allaient être coupés en petits rondins pour le poêle de la grand-mère ou les cheminées des autres membres de la famille. 

 

Je m'endormais ensuite sur un coin de mousse, au pied d'un arbre et près d'un de mes chers ruisseaux, après avoir regardé le soleil jouer avec les bras des géants qui m'entouraient. Je m'imaginais reine de ce royaume. De ce paisible et calme endroit. Où n'existeraient plus les disputes, ni les soucis d'argent, ni les mines renfrognées, ni les pleurs.

Un monde somme toute assez idéal.

 

Ah non... Le Club Dorothée n'y était pas diffusé. Dommage.

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