Voilà bientôt un an et demi que je ne t'ai point revu. Un an et demi sans t'entendre, sans te voir. Sans pouvoir comparer nos tailles. Pour voir si je suis toujours plus grande que toi. Habitude idiote bien sûr, puisque nous avons tous les deux fini depuis bien longtemps notre croissance.
10 ans sans anniversaires souhaités. Sans Noël souhaité. Sans bonne année souhaitée, aussi. Des oublis de ta part... Une impossibilité de te joindre de la mienne.
Bientôt 14 ans sans fous rires.
Sans complicité.
Sans contact réel.
Sans ce lien qui, les années passant, devient de plus en plus fin.
Déjà qu'il était mince...
Mince comme l'espoir que j'ai de te reconsidérer un jour comme quelqu'un de la famille. Comme quelqu'un du même sang que moi. Enfin à moitié, certes, mais avant je n'y prêtais guère d'importance.
Cela fait bientôt 2 semaines maintenant que tu as fait dire par un oncle que tu ne voulais pas nous reparler.
Que tu ne voulais pas, "pour l'instant", avoir à faire avec nous.
Pas d'autres explications. Est-ce par jalousie envers moi, qui ai eu ce que tu n'a pu avoir? une famille, des études, un boulot... Ou parce qu'on nous avons si peu de choses en commun?
Nous voulions t'aider, encore, mais tu refuses, encore. Têtu, tu l'as toujours été. Jusqu'à ce que tu ne supportes plus de vivre dans ta voiture sans carburant.
Le silence, encore...
Comme il y a 10 ans. Lorsque, à peine parti, tu m'a laissée seule gérer quelque chose que personne ne prenait au sérieux.
Le silence, toujours. Comme celui que tu imposes à ta fille qui se demande où est son père, et qui le cherche toujours lorsqu'elle va voir ses grands parents, passant de fond en comble toutes les pièces, pour finir par demander : "et il est où papa?".
Tu ne la voit pas toi, la tristesse dans ses yeux d'enfant.
L'incompréhension.
La déception.
Ce n'est pas parce que tu n'a pas connu ton père que tu dois la laisser grandir comme tu l'a fais.
A moitié seul.
Mentalement, tu a la moitié de ton âge. Un gamin de 16 ans qui ne sait pas garder un boulot plus de trois moiss ne sachant pas économiser ne serait-ce que pour louer une voiture et venir voir ta fille à 1h30 de "chez toi", enfin... du coin où l'on croit que tu es.
Comme un SAF.
Sans Attache Fixe.
Et moi je vois la douleur de notre mère qui te guette derrière la vitre depuis bientôt 2 ans.
Qui guette la venue de ce fils pour qui elle a tant fait de sacrifices.
L'envie m'est venue de prendre ma voiture et de monter te voir. Un coup de fil, et déjà ton numéro n'était plus en service. Un autre coup de fil et j'apprenais que tu étais parti on ne sait où...
Peine perdue.
Je t'ai perdu.
Depuis mes 9 ans, depuis que tu as quitté la maison, depuis que tu m'a laissée grandir seule... Je t'ai perdu.
J'ai du supprimer un mot de mon vocabulaire personnel.
"Frère".